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25 mars 2026

Retour sur la participation de BATIK International à la CSW70 (New York)

À New York, la 70e Commission de la condition de la femme a marqué un tournant inédit dans les négociations internationales sur l’égalité de genre.

Consacrée à l’accès à la justice pour les femmes et les filles, cette session a été traversée par des tensions sans précédent, révélant l’ampleur des résistances face aux avancées féministes. Au cœur de ces débats, BATIK International a joué un rôle stratégique pour défendre des positions ambitieuses, porter la voix de ses partenaires et rappeler l’urgence de garantir des droits effectifs pour toutes. Entre reculs imposés, progrès arrachés et alliances renforcées, retour sur une édition qui redessine les équilibres du multilatéralisme.

 

La 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70), tenue en mars 2026 à New York, avait pour thème prioritaire l’accès à la justice pour les femmes et les filles. Cet enjeu est au cœur des actions de Batik International, qui agit pour lever les obstacles structurels, qu’ils soient juridiques, économiques ou sociaux, entravant l’accès effectif aux droits.

 

Une session marquée par des tensions inédites

 

Cette édition restera comme un moment de rupture majeure dans les dynamiques multilatérales. Pour la première fois dans l’histoire de la CSW, les conclusions agréées, texte central qui fixe les priorités politiques internationales en matière d’égalité, n’ont pas été adoptées par consensus mais à l’issue d’un vote. Ce basculement fait suite à des tentatives d’affaiblissement du langage féministe, menées par les États-Unis et les pays conservateurs, notamment sur les droits sexuels et reproductifs.

 

En parallèle, les États-Unis ont porté un projet de résolution visant à redéfinir le terme « genre » dans une acception strictement biologique. Ce texte a été bloqué par une motion de non-action, soutenue notamment par des États européens, empêchant son examen.

 

Des avancées arrachées, des silences qui coûtent cher

 

Les conclusions agréées enregistrent des progrès notables, notamment la reconnaissance des réparations comme obligation étatique, l'engagement explicite de révision des législations discriminatoires incluant le droit de la famille et les droits de propriété, et l'inscription d'un financement de base souple, pluriannuel et protégé contre les représailles pour les organisations de la société civile. Ces formulations coexistent néanmoins avec des lacunes significatives. L'absence de toute référence aux personnes LGBTQIA+, l'évacuation des formulations sur l'autonomie corporelle et la dissémination de formules telles que "selon qu'il conviendra" ou "compte tenu des priorités et politiques nationales" affaiblissent la portée normative du texte et reflètent les compromis imposés par des blocs d'États aux positions régressives coordonnées. 

 

Une présence stratégique au sein de la délégation française

 

Notre intégration à la délégation française officielle conduite par Aurore Bergé (ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations), avec la participation de Yaël Braun-Pivet (présidente de l’Assemblée nationale), d’Isabelle Lonvis-Rome (ambassadrice pour les droits de l’homme et pour la mémoire de la Shoah) et d’une délégation de parlementaires nous a permis d’investir pleinement des espaces clés de dialogue et de décision. Ces temps ont été essentiels pour porter des analyses ancrées dans les réalités de terrain et nourrir les positions institutionnelles. Nous avons été accompagnées par Fatma Zahra, présidente d’honneur de l’association LGBTQIA+ tunisienne DAMJ. Elle a pu porter les voix de nos partenaires, confronté·es à des restrictions de visa et des moyens limités pour participer à ces espaces internationaux.

 

 

Au-delà du segment officiel, nous avons participé à de nombreux espaces « off ». Ces espaces ont permis de suivre les négociations, de coordonner les stratégies avec des organisations féministes internationales et de renforcer des alliances dans un contexte de fortes tensions.